Guerre au Moyen-Orient : les risques d’ un embrasement régional se précisent

Guerre au Moyen-Orient : les risques d’ un embrasement régional se précisent

4 ème jour de l’ offensive de la coalition israélo-américaine contre l’Iran. Le conflit s’ étend désormais sur plusieurs fronts au Moyen-Orient. Alors que le régime des Mollahs essaie de reprendre la main depuis dimanche avec des tirs de drones et de missiles non discriminés sur Israël et les alliés des américains dans le Golfe en réponse au préjudice subi samedi avec la mort du guide suprême Ali Kamenei, Tel-Aviv et Washington ont annoncé ce mardi avoir détruit le siège de la radio-télévision publique iranienne (IRIB) à Téhéran et un pan non des moindres du complexe militaro-industriel de l’Iran. Se dirige t-on vers l’ implosion du Moyen-Orient avec une guerre partie pour durer dans le temps ? Décryptage du journal innovAfrica d’ un bourbier reconnu d’ avance.

Alors que jeudi encore, soit 48 h avant le début des hostilités, le vice-président américain JD Vance déclarait dans une interview accordée au Washington Post qu’il n’y avait aucune chance que les États-Unis s’ engagent dans une guerre au Moyen-Orient eu égard au risque d’ enlisement d’ une telle initiative et que l’ option diplomatique pouvait régler la question pendante, notamment le renoncement de l’ Iran à son programme nucléaire, il n’en a été finalement rien de tout cela. En lieu et place du dialogue débuté sous l’égide des autorités Omanaises en Suisse, le glaive a été privilégier au détriment de la concertation et du pragmatisme pour faire plier les iraniens au diktat judéo-americain.

Invitée à s’ exprimer sur le conflit en cours lundi 2 mars sur RFI, Agnès Levallois, présidente de l’ Institut de recherche d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (IReMMO) constate l’ extension du conflit dans la région. De son avis, il s’agit pour l’ Iran de montrer qu’il est en mesure de riposter aux attaques subies. « Et donc, il va riposter là où il peut, donc dans les pays du Golfe voisins ». L’ autre aspect inquiétant de ce conflit selon la chercheuse est le fait que le Hezbollah ait décidé de « sceller son sort » à celui de son parrain iranien en envoyant des missiles sur Israël alors que le mouvement chiite risque dans cette posture de tout perdre. Pour autant, Agnès Levallois souligne les conséquences durables du conflit : si certains pensaient qu’il y aurait des attaques ciblées sur l’ Iran et qu’on passerait à autres choses, les craintes de ne pas rapidement passer à autres choses se précisent.

De ce fait, le choix de l’ Iran de focaliser ses frappes contre des « oasis occidentaux » du Golfe comme Dubaï est un signal fort envoyé aux monarchies de la région aux fins d’ influer la décision de leurs alliés judéo-americain de poursuivre la guerre. En effet, les Emirats arabes unis qui se retrouvent principalement dans le viseur iranien ont subi dès le premier jour du conflit (samedi) pas moins de 209 tirs de drones et 137 frappes de missiles. « Attaquer Dubaï a plus d’impact sur l’ économie mondiale et sur les opinions que de viser une des îles d’Arabie Saoudite qui n’ont pas cette résonnance internationale », analyse Karim Sader, consultant spécialiste des pays du Golfe qui relève tout de même que les Emirats Arabes Unis ont signé les Accords d’ Abraham de Donald Trump en 2020 et ont depuis approfondi leurs relations avec l’ Etat hébreu en nouant d’ importants liens économiques, et à travers une coopération accrue dans le secteur de la défense au point d’ effectuer des manœuvres militaires conjointes en 2024 en mer Rouge sous la houlette du président Mohammed ben Zayed Al Nahyane. « Il s’agit du pays signataire qui a été le plus loin dans le rapprochement avec Israël », assure M. Sader.

S’inquiétant lundi 2 mars sur France Inter d’ une guerre qui risque de devenir régionale et sur l’ affaiblissement du droit international, Dominique de Villepin, ancien Premier ministre et ex-chef de la diplomatie française a à ce propos estimé que les États-Unis « vont payer très cher cet oubli d’ un ordre international ». De son avis, la décision prise par Israël et les États-Unis d’ entrer en guerre contre l’Iran pose le problème de la négociation. Et de s’interroger : est-ce qu’on peut, alors qu’une négociation est engagée décider de recourir à la force ? « C’est non seulement détruire le droit, mais c’est détruire le principe même de la négociation », dénonce t-il tout en fustigeant les logiques impériales qui font primer la domination, la puissance et la force. « Les États-Unis vont le payer très cher dans les prochaines années et Donald Trump également », avance le chevronné de la sphère politique française.

Et comme si tout ce tollé ne suffisait pas pour appelé au calme et dénoncer l’escalade de violence suscité par cette attaque américaine qui faut-il le rappeler a énormément ensanglanté le pays et décapité presque l’ exécutif iranien, le leader nord-coréen Kim Jong un s’ est invité dans la guerre « en mettant les pieds dans le plat » ce lundi via ses réseaux sociaux en déclarant être prêt à mettre son arsenal nucléaire à la disposition de Téhéran. Au cas où cette déclaration n’ est pas un énorme canular de sa part (ce qui est significatif à l’ homme), cette déclaration risque d’ être lourde de conséquences pour le monde. Se dirige t-on vers une mondialisation du conflit ? Car, c’est un secret de Polichinelle que la Corée du Nord dispose d’un programme balistique des plus avancé au monde, avec des missiles capables d’ atteindre des cibles lointaines et potentiellement équipés de têtes nucléaires. Une initiative qui évidemment ne laissera pas de marbre l’ Amérique et Israël de plus en plus déterminés à faire taire tous ceux qui n’acceptent pas l’ avalisation du nouvel ordre mondial orchestrée sous l’égide de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou.

Dieudonné Takouda

Innovafrica

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