Gouvernance mondiale : l’ état de nature en lieu et place de l’ état de droit cosmopolite de la pensée Kantienne

Gouvernance mondiale : l’ état de nature en lieu et place de l’ état de droit cosmopolite de la pensée Kantienne

Donald Trump, le chef de l’ exécutif américain se comporte de plus en plus comme s’ il était dans la jungle. Alors que l’ Europe l’ a laissé faire à sa guise voire soutenu depuis son retour à la Maison Blanche dans ses nombreuses dérives et attaques contre le Sud global (jusqu’à la récente capture du président vénézuélien et de son épouse), le « maître du monde » a passé à autre chose : il s’agit maintenant pour lui (et ce ne serait qu’une question de temps) de concrétiser son rêve d’ annexion du Groenland, ce territoire occidental semi-Danois situé au pôle Nord riche en minerais rares qu’il convoite depuis quelques mois. Ceci, au grand dam des leaders européens qui crient à l’ infamie et au scandale parce que cette fois-ci c’est à leur tour de passer à la caisse. Bienvenue dans la nouvelle ère d’ incertitude où s’oppose désormais l’ état de nature instauré par Trump à l’ état de droit cosmopolite de la pensée Kantienne.

En effet, pour le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804), seuls la morale et le droit sont en mesure d’ amener la paix entre les nations. A ce effet, il propose un passage de l’ état de nature à un état de droit cosmopolite où la raison guide les États vers une paix durable par les lois universelles.

La notion d’ordre mondial basée sur des règles confrontée à la « loi de la jungle »

Rejetant la pensée Kantienne selon laquelle la notion d’ordre mondial est fondée sur les règles de droits et les normes internationales, le président américain s’ est irrémédiablement rangé aux thèses Darwinistes qui veulent que les plus faibles acceptent l’ ordre naturel des choses et cèdent le pas aux plus forts sans rechigner.

Dans sa théorie de l’ évolution par la sélection naturelle qu’il a publié en 1859 dans son ouvrage « l’ origine des espèces », le naturaliste et paléontologue britannique Charles Darwin (1809-1882) expose que pour survivre, les espèces, qu’elles soient animales ou végétales doivent développer des caractéristiques anatomiques spécifiques leur permettant de survivre dans un environnement naturel hostile. D’ où l’ appellation « loi de la jungle » signifiant que seules les espèces les plus aptes survivent : ce mode de survie reposant avant tout sur la compétition et la lutte pour la dominance entre les espèces.

Le seul maître à bord

Alors que la Russie a essuyé toutes les sanctions du monde pour avoir agressé l’ Ukraine (encore qu’on oublie de rappeler que ce pays se trouve historiquement dans le giron de Moscou qui n’est pas disposé aujourd’hui ni demain à accepter la présence de l’ OTAN à ses portes), aucune conséquence préjudiciable à l’ Amérique ne découle de ses actes de déstabilisation partout dans le monde. Au contraire, sa politique étrangère agressive menaçant l’ existence d’ autres Etats depuis la fin de la deuxième guerre mondiale est perçue selon le narratif yankee comme « une bonne action pour la paix dans le monde ». Ainsi, seule l’ Amérique a le droit de s’accaparer toutes les richesses du monde et de bombarder sans conséquences ceux qu’elle estime être contre ses intérêts. C’est ainsi que du jour au lendemain, de grandes nations millénaires ont été catégorisées puissances du mal parce qu’ elles sont en déphasage avec le modèle américain de « réussite ».

La dernière lubie de Trump, son « conseil de la paix » qui consiste en fait à damer le pion à l’ ONU dans la résolution de la crise palestinienne illustre si besoin en était encore la direction qu’il veut donner à la gouvernance mondiale : ramener le monde à l’état de nature pour mieux orchestrer la prédation en cours.

Aux dernières nouvelles, nous apprenons que l’ OTAN vient de trouver sur la question Groenlandaise un compromis avec Washington qui suspend ainsi pour le moment sa campagne militaire programmée contre l’ile arctique ; quitte à revenir à tout instant sur sa décision. En bon homme versatile qu’est Trump.

Dieudonné Takouda

Innovafrica

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